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Formations hybrides et développement durable

Michel Ricard est docteur en sciences et professeur de biologie et d’écologie. Après 15 ans…
Publié le 22 juillet 2013
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Michel Ricard est docteur en sciences et professeur de biologie et d’écologie. Après 15 ans de recherches scientifiques sur l’écologie des systèmes aquatiques, il a été président de deux universités françaises puis directeur d’un institut sur les ressources naturelles. A partir de 2002 il a consacré ses activités au développement durable en tant que président du Conseil national du développement durable rattaché au Premier ministre. Michel Ricard est actuellement président de l’Université numérique thématique sur l’environnement et le développement durable (UNT/UVED) et titulaire de la chaire UNESCO francophone sur le développement durable.

Le numérique prend de plus en plus d’importance dans tous les secteurs de notre société, à tel point que c’est devenu un enjeu majeur :

  • au plan politique en amenant des changements de gouvernance pour répondre au défis résultant des innovations du numérique
  • aux plans social et culturel avec les transformations induites par les réseaux sociaux (Facebook, Linkedin, Twitter) qui représentent un nouvel espace pour l’expression des libertés démocratiques
  • au plan économique avec le passage à l’économie numérique
  • au plan technologique avec trois grandes innovations : les outils nomades, tablettes et smart phones (qui conduisent à l’explosion de la mobilité basée sur l’utilisation d’internet pour le recueil et d’utilisation des données), l’émergence de « l’internet des objets » (qui permet d’identifier des objets physiques et numériques, de les intégrer à des réseaux et les faire communiquer directement entre eux), et le Cloud Computing (avec la dispersion du traitement et de la conservation des données)
  • au plan pédagogique en permettant l’émergence de nouvelles pratiques qui facilitent l’accès à la connaissance de l’ensemble des jeunes et des citoyens et s’inscrivent dans le cadre d’une éducation pour tous et tout au long de la vie.

Apport des outils numériques
Dans les secteurs de l’éducation et de la formation, les innovations dans le domaine du numérique entraînent de profonds changements dans les pratiques pédagogiques et c’est conscients de l’enjeu du numérique que les institutions gouvernementales, de même que les structures publiques et privées, ont créé un certain nombre d’enseignements à distance via des universités virtuelles et que de nombreux pays ont introduits l’e-learning dans leurs établissements. Un bon exemple est celui de la Corée du Sud, dont une étude réalisée par l’UNESCO en 2010 indique que 80 % des établissements ont adopté cette démarche destinée à la fois à l’enseignement scolaire et universitaire et à la formation des éducateurs comme des élèves.

1 – Technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE), e-learning et MOOC
Ces innovations pédagogiques viennent renforcer, parfois remplacer, les démarches antérieures qui se sont développées par le biais des TICE en donnant accès à des sites de e-learning à vocation éducative comme les universités virtuelles ou les open universities accessibles au plus grand nombre, et en permettant le recueil sur le net de masses de données par le biais de moteurs de recherche.

Les TICE, et les Espaces numériques de travail (ENT) et d’apprentissage (ENA) qui leurs sont associés, représentent un important potentiel d’innovations pédagogiques pour l’ensemble du système éducatif. Les TICE sont en effet un incontournable moyen de formation et d’acquisition de nouvelles connaissances en permettant aux enseignants, comme aux étudiants, de bénéficier de la meilleure éducation possible et de répondre ainsi à la fois à leurs besoins propres mais également à ceux de la société à laquelle ils appartiennent.

Le e-learning, est une modalité pédagogique et technologique qui concerne essentiellement l’enseignement supérieur, la formation continue mais aussi la formation en entreprise, c’est-à-dire tout apprenant ayant une certaine autonomie dans l’organisation de son processus d’apprentissage. Plus basé sur l’utilisation des nouvelles technologies de connexion et de navigation comme les outils nomades, le e-learning va au delà des TICE en intégrant les démarches d’échanges, de collaboration à distance et de co-construction via les réseaux sociaux.

Les plateformes pédagogiques en sont un bon exemple. Elles capitalisent à elles seules un nombre conséquent de cours et d’activités mis à disposition par des enseignants à destination des apprenants et sont structurées de manière à proposer aux utilisateurs des fonctionnalités de formation à distance. Ainsi Moodle, une plateforme d’apprentissage libre qui intègre bon nombre d’activités interactives, des parcours pédagogiques personnalisables par l’enseignant ainsi que des outils de communication (chats, forums) et qui permet un échange plus étroit avec les apprenants.

Autre exemple, les MOOC, ou Massive Open Online Courses (Open pour Open registration), initiés par Stanford, Harvard ou le MIT qui ont commencé à organiser gratuitement ces cours en ligne fin 2011. En un an, plusieurs millions d’internautes se sont inscrits à ces MOOC en anglais via Coursera, une entreprise privée partenaire de ces grandes universités et qui offre gratuitement des cours en ligne. Les premiers MOOC de Stanford ont réuni jusqu’à 150 000 participants sur certains de ses cours. Les MOOC en français n’atteignent pas ces tailles, même sur Coursera. Le MOOC « Gestion de Projet » (École Centrale de Lille) a réuni 3600 étudiants; les MOOC organisés par Polytechnique à la rentrée 2013 visent plusieurs dizaines de milliers d’étudiants.

2 – Numérique et pédagogie
L’utilisation de plus en plus marquée des outils nomades facilite l’accessibilité à la connaissance et son attractivité, permet une meilleure capitalisation des savoirs et contribue à l’innovation pédagogique. Ces outils entraînent également un changement dans les rapports entre enseignants et apprenants mais également entre les enseignants de même qu’entre les apprenants :

  • l’enseignant peut trouver des compléments de cours, s’inscrire plus facilement dans une démarche interdisciplinaire, mais également mieux organiser, mieux suivre et mieux évaluer le travail de ses élèves et toucher un plus grand nombre d’apprenants par le biais du e-learning
  • l’apprenant peut compléter ses connaissances acquises en présentiel, vérifier l’état de ses connaissances, échanger avec l’enseignant, de même qu’avec les autres apprenants, et donc se mettre en situation et développer des compétences transversales; l’apprenant peut ainsi mieux apprendre, mais aussi mieux comprendre la société dans laquelle il aura à s’insérer
  • enseignants et apprenants peuvent également évaluer la qualité des informations et des opinions auxquelles ils sont confrontés, particulièrement si l’on considère la tendance à mettre l’accent sur l’apprentissage par échange d’expériences, l’interaction et les outils sociaux de mise en réseau.

L’e-learning permet de travailler à la fois dans et hors de l’établissement entraînant ainsi un décloisonnement des activités d’apprentissage qui rendent possible, par tous et pour tous, le recours à des formes d’enseignement et d’apprentissage alternatives.

3 – Education au Développement Durable (EDD) et e-Learning
En ce qui concerne plus spécifiquement l’EDD, le numérique apporte une réelle plus-value pédagogique grâce au développement, à la mutualisation et à la diffusion d’outils et de processus d’apprentissage innovants (modules d’enseignement interactifs, jeux de rôles, études de cas, simulations, serious games…) qui permettent à l’enseignant comme à l’apprenant, tous deux confrontés à une problématique inscrite dans un contexte virtuel complexe comme le développement durable, de mieux appréhender leurs démarches respectives :

  • développer une éducation réellement transdisciplinaire au sein des institutions et multiplier les initiatives pour développer une politique éducationnelle qui encourage de manière plus explicite l’incorporation du numérique dans les curriculums prenant en compte le DD
  • ancrer une stratégie s’inscrivant dans la durée, en référence à l’éducation tout au long de la vie, de manière à permettre à chacun, quel que soit son âge et son statut, d’être en mesure de prendre des décisions et d’agir de manière responsable tant dans sa vie personnelle que professionnelle
  • accompagner l’innovation numérique pour mieux maîtriser les changements dans nos sociétés, notamment en ce qui concerne la transition écologique et l’écologisation des professions en référence à la « green economy » grâce au renforcement de la formation professionnelle
  • définir de nouveaux dispositifs pour mesurer les acquis de l’apprentissage dans un environnement basé sur les TICE ainsi que pour déterminer à quel point les diverses pédagogies, outils et environnements éducatifs contribuent à éduquer les citoyens pour qu’il change de comportement et adopte des modes de vie durables.

Au-delà des contenus et des cursus, l’apprentissage en ligne doit contribuer à mobiliser l’ensemble des acteurs qui concourent à l’accès à la connaissance pour que chacun puisse avoir la possibilité de continuer à se former à tout moment et à tout âge via les technologies numériques modernes.

Professeur Michel Ricard

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